Radical Face, le Zola de la Folk

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Rares sont les artistes aussi attachants pendant une interview que Radical Face. Qui ne se lèvent pas sitôt le temps imparti écoulé mais continuent de se raconter, parce qu’ils sont vrais, généreux et qu’au-delà de l’évidente promotion, ils aiment réellement aller à la rencontre de l’autre.

Bien tapi dans le fauteuil de l’hôtel ce jour-là, Ben Cooper aka Radical Face me décrit le parcours qui l’a conduit à la musique. Dans sa ville natale Jacksonville, en Floride, rien ne se passait jamais sauf à l’Einstein, à la fois salle de concert et disquaire. Dans son quartier, tout les ados fréquentaient donc l’endroit assidument et jouaient dans un groupe. La planche de salut d’un artiste marqué par une jeunesse particulièrement douloureuse.

Cette fêlure originale tranche avec la bonhommie du personnage, et pourtant… il le dit lui-même, Radical Face n’écrit que des chansons tristes. Chansons qu’il compose et dont il enregistre tous les instruments. Ce n’est que sur scène que ses musiciens – des amis d’enfance – prennent le relai dans une ambiance parfois comique. À chaque morceau ou presque, certains échangent leur place et leur instrument. Parfois, les copains ayant assuré la première partie entrent en scène le temps d’un titre. « Ici, chaque membre a ses propres projets musicaux, nous sommes tous égaux » dixit le chanteur. « Il n’y a aucune dispute. Je ne risque pas de prendre la grosse tête : rien de tel que les amis de toujours pour vous remettre à votre place. »

Crying Eye (Tour Photo)

Au-delà de la sympathie du personnage, Radical Face, c’est avant tout un concept musical. Une vision artistique inédite dans un monde MP3 aseptisé, avec notamment la tentaculaire trilogie The Family Tree. Le compositeur a ainsi chanté la vie d’une famille fictive dans l’Amérique profonde des années 1800 à 1980, en pas moins de quarante-quatre morceaux.

Ne vous y trompez pas : ces êtres fictifs existent bien. Ils sont chacun un reflet de la vie de leur auteur, une larme versée, une blessure secrète… la meilleure façon d’appréhender cette œuvre est peut-être de visiter le site du musicien, où l’arbre familial est cartographié comme dans un livre fantastique.

Une fois n’est pas coutume, et dans une vie de journaliste, il est bien agréable de croiser une célébrité alliant savoir-plaire et savoir-être. Alors à vous, Monsieur, nous disons radicalement oui.

5 QUESTIONS À RADICAL FACE

  • Les cinq mots qui vous définissent le mieux ?

Somnolent, Rire, Bibliophile, Nourriture, Triste

  • Où en est l’industrie musicale en 2016 d’après vous?

C’est un milieu qui est en pleine évolution depuis deux décennies. La façon dont nous ‘consommons’ la musique a totalement changé depuis mon adolescence ! Ma nièce de seize ans n’a jamais mis les pieds chez un disquaire par exemple. Il y a peu d’émissions de télé ou de radio (ndlr : aux Etats-Unis) où les musiciens peuvent se faire connaître du public. La plupart des ados découvrent de nouveaux morceaux en cliquant sur les choix proposés par des sites comme YouTube (rires)… ce qui fait qu’aujourd’hui même si les gens ont un choix de musique incroyable, ils écoutent tous la même chose.

  • Votre avis sur les téléchargements et la musique en streaming ?

Tout le monde écoute de la musique en ligne désormais, c’est la norme. Personnellement, j’ai une règle d’or : si j’écoute encore un morceau après une semaine, je l’achète.

  • votre trilogie The Family Tree fait penser à une saga littéraire, est-ce voulu ?

Absolument ! À une époque, j’ai pris des cours d’écriture et ai arrêté la musique pour devenir écrivain. Cela a duré pendant deux ans. Il faut vous dire que je ne faisais jamais de back up… un jour mon ordinateur a lâché, et j’ai perdu tout ce que j’avais rédigé pendant cette période. Du coup, je suis revenu à la musique (rires).

  • Votre chanson Welcome Home a été un véritable succès, l’aviez-vous pressenti en la composant ?

Pas du tout ! Personne ne s’intéressait à ce morceau quand je l’ai sorti, et je ne me suis jamais dit que cela allait faire un carton. Et trois ans après sa sortie, tout à coup, c’est un hit! Je ne pense pas qu’un compositeur ait tellement d’influence quant au succès de ses titres. Pour ma part en tout cas, je ne me soucis pas du succès commercial potentiel de mes créations.

Crédits photo: Gordon McBryde

Propos recueillis pas EliN

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